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ALI BABA ET LES 40 VOLEURS 27 mars, 2009

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POUR CEUX QUI N’ONT PAS SUIVIS L’ACTUALITE IVOIRENNE DE CES DERNIERS JOURS, ELLE A ETE JALONNEE PAR L’AFFAIRE  »NANAN KOUA GNANMANTIN » CE MONSIEUR EST UN PROFESSEUR A LA RETRAITE ET JOURNALISTE AU JOURNAL LE REPERE, IL EST L’AUTEUR DE L’ARTICLE ALI BABA ET LES 40 VOLEURS. CET ARTICLE LUI A VALU UN PROCES ET IL RISQUE DEUX ANS DE PRISONS POUR OUTRAGE A CHEF D’ETAT JE VOUS LE RETRANSCRIT VOUS POUVEZ DONNER VOS IMPRESSIONS.

 

Houphouët voleur… Houphouët voleur… Houphouët voleur… Houphouët voleur…  » Lorsque monsieur Laurent Gbagbo et ses camarades de la re(b)fondation écrivaient , dans leur laboratoire de cogitation et de démagogies, les paroles de cette vilaine et non moins méchante chanson, ils étaient loin de s`imaginer qu`un jour, parvenus au pouvoir par un concours de circonstances incroyables, pour ne pas dire dans des conditions sanglantes ou calamiteuses (faites votre choix), le peuple de Côte d`Ivoire ne verrait aujourd`hui dans leur régime, après bientôt neuf ans d`escroquerie politique au sommet de l`Etat, que l`expression du vol caractérisé, de la filouterie et de la cleptomanie.

Houphouët voleur… scandaient les élèves et Etudiants jetés dans les rues d`Abidjan et poussés dans le dos par les enseignants FPI qui avaient infecté tout le système éducatif. Monsieur Gbagbo lui-même, en grand chef d`orchestre, n`hésitait pas à entonner la même chanson, en traitant celui qui a consacré toute sa vie à construire ce pays et à travailler pour le bonheur et la sécurité de ses enfants, de  » voleur « . Monsieur Gbagbo fera le tour de la Côte d`Ivoire avec cette chanson dans la bouche et les deux doigts levés. De nombreux Ivoiriens, de bonne foi mais surtout brûlant d`envie de changement à tout prix, le suivront dans son aventure, en croyant que le  » V  » formé par les deux doigts levés signifiait victoire, volonté de changement positif, volonté de rupture avec les anciennes pratiques du parti unique, volonté de gouverner autrement avec des déclarations (petite digression) péremptoires et surréalistes du genre :  » Avec 10 milliards, je règle tous les problèmes de l`université), une déclaration qui rendra les Etudiants fous de joie. Puis, une fois parvenu au sommet de l`Etat et réalisant qu`en réalité la théorie n`a rien à voir avec la pratique, il change de discours : « Je mets quiconque au défi de dire qu`il peut régler tous les problèmes de l`université « . Aujourd`hui, les Etudiants, roulés dans la farine, ont découvert que non seulement ils n`ont jamais été aussi malheureux que sous le règne de monsieur Gbagbo, mais surtout que le Président Houphouët (paix à son âme), ne pensait pas vraiment à lui-même lorsqu`il disait que le vrai bonheur ne s`apprécie que lorsqu`on l`a perdu. Fermons la parenthèse.
En réalité, le signe du  » V  » de la victoire que faisaient monsieur Gbagbo et ses camarades de la re(b)fondation (et les Ivoiriens l`apprennent à leurs dépens), n`était que le  » v  » du vol, de la victoire des voleurs, le  » V  » de la volonté, (après avoir tout pillé), de remuer ciel et terre pour obtenir l`inscription de notre pays sur la liste des pays les plus pauvres de la planète, afin de recevoir un cadeau annuel d`environ 400 milliards de FCFA pour boucher les trous des détournements colossaux opérés sous son régime et décriés au quotidien par son camarade Mamadou Koulibaly, l`insaisissable président de notre désormais inexistante Assemblée Nationale : « Au FPI, il y a des voleurs, des menteurs et des truands  » ; a-t-il lancé à Yopougon en février dernier.
Mais lorsque monsieur Gbagbo et ses camarades traitaient Houphouët de voleur, ils pensaient surtout à l`entourage de ce dernier. Dans leur entendement, si l`entourage du président Houphouët détournait des fonds publics, Houphouët ne pouvait être que le voleur en chef, vu que c`est lui qui les choisissait. Un raisonnement à la fois simpliste et méchant qui a pourtant produit des effets au-delà des espérances des re(b)fondateurs. La fin ne justifie-t-elle pas les moyens ? Et n`y a-t-il pas des  » coups d`Etat qui font avancer la démocratie  » ?  » Mille morts à gauche, mille morts à droite, moi j`avance « . Et monsieur Gbagbo et ses camarades ont beaucoup avancé dans leur volonté de faire des Ivoiriens, des clochards, tant les scandales, sous son régime, sont nombreux et ont pour titre : ALI BABA et les 40 voleurs.

Le premier à monter sur le plateau de tournage de ce film (ALI BABA et les 40 voleurs), tropicalisé à la sauce re(b)fondatrice, s`appelle Prosper Sia Popo. Le 27 août 2002, il réussit à pomper près de 2 milliards FCFA, dans les caisses de l`agence nationale de la BCEAO à Abidjan, en réalisant le plus grand hold-up de l`histoire de la Côte d`Ivoire. Face à ce coup, les re(b)fondateurs sont littéralement séduits. A tel point que quand les autorités burkinabè leur remettent un  » colis  » nommé Sia Popo en attirant leur attention sur l`imminence d`un mauvais coup contre notre pays, les re(b)fondateurs leur raccrochent au nez en criant :  » On est déjà au courant de tout « . La suite de cette irresponsabilité, on la connaît.

Inspirés par Sia Popo, les re(b)fondateurs rangent rapidement dans les placards, leurs slogans à deux sous et retrouvent leur vraie nature. La bonne gouvernance ne nourrissant (selon eux) que très lentement son homme. Considérant la survenue de la guerre seulement 23 jours après le coup de Sia Popo, comme un signe de Dieu, les re(b)fondateurs, profitant de la confusion qui s`ensuit, montent tous sur le plateau de tournage du film  » ALI BABA et les 40 voleurs « , plongent mains et pieds dans les caisses de l`Etat et mettent rapidement plusieurs milliards « en zone de confiance » gouvernementale. Leur grand chef (l`homme qui a crié Houphouët voleur), assiste au tournage du film en prodiguant de temps en temps, quelques sages conseils. Doucement, doucement les gars  » l`argent n`aime pas le bruit « . Mais, malgré tous les conseils du grand chef, quelques bruits de pillage dans la filière café cacao parviennent aux oreilles de quelques Ivoiriens qui se mettent à murmurer. Leurs murmures parviennent aux oreilles du grand chef qui s`étonne et s`indigne le mercredi 24 octobre sur les antennes de la télévision.  » Si la filière est mal gérée, ça ne regarde pas l`Etat et ce n`est pas l`argent de l`Etat qui est dilapidé. Nous, nous retirons, nous Etat (et l`Etat c`est moi, NDR) ; notre impôt. 250 milliards en 2005, 254 milliards en 2006. C`est ce qui est dans les caisses du trésor et c`est ça que nous dépensons. Le reste appartient à ceux qui gèrent la filière…Aujourd`hui, avec la réforme que nous avons faite, nous prenons notre impôt et le reste regarde ceux qui gèrent la filière. « . Avec ces propos clairs comme l`eau de roche, le grand chef (l`homme qui a crié Houphouët voleur), croyait en avoir fini avec les murmures du peuple (cet ingrat), sur les vols (planés) de ses camarades. Que nenni. Ce qui le rendit très, très furieux.  » Ce ne sont pas seulement mes compagnons qui volent « , avoue-t-il enfin, le mercredi 23 janvier 2008, sur les antennes de la télévision. Agacé, il ajoute : « Avant, je touchais 400.000FCFA. Aujourd`hui, je touche 8,5 millions (plus 70 milliards de fonds de souveraineté, NDR). Donc, je me considère (évidemment), comme riche. Je ne construis pas de maisons. Je ne fais pas des affaires (normale, avec 70 milliards annuels). Nous, on a vu des gens ici à vélo et puis on les a vus un an après la proclamation de l`indépendance, être riches. Nous avons vu les jaguars débarquer à Abidjan, les premières maisons en marbre. Donc (si mes camarades re(b)fondateurs volent et sont devenus les nouveaux riches), moi, je ne suis pas du tout dérangé. Parce qu`en fait (les Ivoiriens ont la mémoire courte), c`est un phénomène (les nouveaux riches), cyclique. Il y a des gens qui étaient pauvres et misérables et brusquement, devant nous, ils sont devenus riches. Donc, aujourd`hui, il y a d`autres (dont moi et un autre qui a dit qu`il ne sera plus jamais pauvre dans sa vie), qui étaient misérables et brusquement, devant nous, ils sont devenus (très) riches. La roue tourne. « . Selon donc monsieur Gbagbo (l`homme qui a crié Houphouët voleur), la notion de vol et d`enrichissement rapide se résume dans cette formule :  » Chacun mange à son tour. C`est notre tour « , donc fichez-moi la paix et laissez-nous voler en paix. Message reçu 5/5 par tous les re(b)fondateurs disséminés par le grand chef dans toutes les régies financières. Certains, qui connaissaient jusqu`aux moindres pensées du grand chef, n`avaient pas attendu ses déclarations de soutien pour aller négocier une grosse affaire (et pourtant ils disent qu`ils ne font pas d`affaires), de 100 milliards sur le dos des victimes des déchets toxiques. Dans un dossier publié par FRATERNITE MATIN en août 2007, on découvrit que les vraies victimes n`avaient rien reçu et continuaient de mourir en silence. Mais quand les vraies victimes, soigneusement omises se plaignent et organisent des marches pour réclamer leur indemnisation, le grand chef leur envoie d`abord des chiens bergers et des grenades lacrymogènes avant de se fâcher, sur les antennes de la télévision :  » il y a des gens qui pensent que être malades des déchets toxiques, c`est un métier…Nous, nous avons pris nos 100 milliards… « . Sous-entendu, circulez, vous n`aurez rien. Donc, monsieur Gbagbo, (l`homme qui a crié Houphouët voleur), a encouragé tous les vols sous son régime. Mais, soudain, réalisant l`ampleur des dégâts causés par ses propres déclarations sur l`économie du pays, et voulant se refaire une nouvelle virginité (oubliant qu`on ne retrouve jamais la virginité une fois qu`on l`a perdue), il ramasse quelques uns de ses amis et les expédie à la MACA. Quand, ces derniers, surpris par le sort qui leur est fait, le grand chef se fâche encore et les traite de voleurs :  » J`irai jusqu`au bout…Il s`agit de milliards qui ne sont ni dans les caisses de l`Etat, ni dans les poches des paysans « , déclare-t-il le 21 janvier 2009. Depuis quand l`Etat s`intéresse-t-il, après avoir prélevé ses impôts, à l`argent de la filière café cacao ? Mais, monsieur Gbagbo n`a pas fini de se fâcher que soudain, une bombe explose (oh surprise), à la Présidence de la République. Sa secrétaire particulière, madame Emilienne Gomé, vient d`escroquer 65 millions au DG de MTN. Là, le grand chef est très, très fâché. Voulant jouer lui-même le rôle d`ALI BABA face aux 40 voleurs, il sort son épée et coupe violemment la tête de sa voleuse (5 ans de prison ferme) de secrétaire. Mais la tête de la pauvre n`a même pas touché le sol qu`une autre bombe explose au palais. Des employés fictifs y sont payés depuis des années sans travailler. Tel est pris qui croyait prendre. Les Ivoiriens découvrent ahuris, que la caverne d`ALI BABA, c`est la Présidence de la République. Monsieur Gbagbo est solidement pris dans les mailles de ses propres contradictions. Et le régime de la re(b)fondation qui ne peut mettre le comportement de la secrétaire de monsieur Gbagbo sur le large dos de la guerre, s`est discrédité pour toujours. A présent, le peuple qui pleure, retient son souffle et attend le prochain scandale qui ne saurait tarder. Monsieur Laurent Gbagbo et ses camarades, en traitant Houphouët de voleur se sont présentés comme une poche de moralité et avaient promis de gouverner autrement la Côte d`Ivoire. Il n`y a aucun débat à ce sujet. En effet, aucun régime avant eux, n`avait obtenu des résultats aussi saisissants. ALI BABA ET LES 40 VOLEURS sont partout. Et le peuple, trahi, appauvri, humilié et abandonné, s`interroge : monsieur Gbagbo n`est-il pas le premier responsable de tous les vols commis par ses camarades ? « Le peuple t`a choisi. Toi aussi, avant de choisir qui que ce soit, il faut faire attention. Si tu choisis voleur, nous, on va t`appeler voleur. Tu seras le comptable de ton choix… ». Qui est l`impertinent qui a composé cette méchante chanson ?

S. EPICURE

4 février, 2009

Posté par slmh dans : INFORMATION ET CITATIONS , 4 commentaires

              DISCOURS DE THOMAS SANKARA (1949-1987) 

Thomas Sankara était de ce jeune président africain révolutionnaire plein d’idées novatrices et iconoclastes. Il représentait un réel espoir pour le peuple burkinabé ainsi que toute la jeunesse africaine qui voyait en lui un archétype d’intégrité, de sérieux… Il représente pour moi une source d’inspiration, la complexité des sentiments peut être telle que vous ne l’aimiez forcement pas. Je vous offre tout de même un de ces discours (prononcé à ADDIS ABEBA le 29 juillet 1987 sur la dette) qui restera marqué en lettres indélébiles dans les pages de l’histoire du monde et de l’Afrique. 

 

Monsieur le président ; Messieurs les chefs des délégations : Je voudrais qu’à cet instant nous puissions parler de cette autre question qui nous tiraille : la question de la dette, la question de la situation économique de l’Afrique. Autant que la paix, elle est une condition importante de notre survie. Et c’est pourquoi j’ai cru devoir vous imposer quelques minutes supplémentaires pour que nous en parlions. Le Burkina Faso voudrait dire tout d’abord sa crainte. La crainte que nous avons c’est que les réunions de l’OUA se succèdent, se ressemblent mais qu’il y ait de moins en moins d’intéressement à ce que nous faisons. 

Monsieur le président : Combien sont-ils les chefs d’Etat qui sont ici présents alors qu’ils ont dument appelés à venir parler de l’Afrique en Afrique ? Monsieur le président : Combien de chefs d’Etats sont prêt à bondir à Paris, à Londres, à Washington lorsque là-bas on les appelle en réunion mais ne peuvent pas venir en réunion ici à Addis-Abeba en Afrique ? Ceci est très important. Je sais que certains ont des raisons valables de ne pas venir. C’est pourquoi je voudrais proposer, 

Monsieur le président, que nous établissions un barème de sanctions pour les chefs d’Etats qui ne répondent pas présents à l’appel. Faisons en sorte que par un ensemble de points de bonne conduite, ceux qui viennent régulièrement, comme nous par exemple, puissent être soutenus dans certains de leurs efforts. Exemple : les projets que nous soumettons à la Banque africaine de développement (BAD) doivent être affectés d’un coefficient d’africanité. Les moins africains seront pénalisés. Comme cela tout le monde viendra aux réunions. 

Je voudrais vous dire, Monsieur le président, que la question de la dette est en question que nous ne saurions occulter. Vous-même vous en savez quelque chose dans votre pays où vous avez du prendre des décisions courageuses, téméraires même. Des décisions qui ne semblent pas du tout être en rapport avec votre âge et vos cheveux blancs.Son Excellence le président Habib Bourguiba qui n’a pas pu venir mais qui nous a fait délivrer un important message donné cet autre exemple à l’Afrique, lorsque en Tunisie, pour des raisons économiques, sociales et politiques, il a du lui aussi prendre des décisions courageuses. Mais, Monsieur le président, allons-nous continuer à laisser les chefs d’Etats chercher individuellement des solutions au problème de la dette avec le risque de créer chez eux des conflits sociaux qui pourraient mettre en péril leurs stabilités et même la construction de l’unité africaine ? Ces exemples que j’ai cités, il y en a bien d’autres, méritent que les sommets de l’OUA apportent une réponse sécurisante à chacun de nous quant à la question de la dette. Nous estimons que la dette s’analyse d’abord de par son origine. Les origines de la dette remontent aux origines du colonialisme. Ceux qui se sont transformés en  » assistants techniques « . En fait, nous devrions dire en assassins technique. Et ce sont eux qui nous ont proposé des sources de financement, des  » bailleurs de fonds « . Un terme que l’on emploie chaque jour comme s’il y avait des hommes dont le « bâillement » suffirait à créer le développement chez d’autres. Ces bailleurs de fonds nous ont été conseillés, recommandés. On nous a présenté des dossiers et des montages financiers alléchants. Nous nous sommes endettés pour cinquante ans, soixante ans et même plus. C’est-à-dire que l’on nous à amenés à compromettre nos peuples pendant cinquante ans et plus. 

La dette sous sa forme actuelle, est une reconquête savamment organisée de l’Afrique, pour que sa croissance et son développement obéissent à des paliers, à des normes qui nous sont totalement étrangers. Faisant en sorte que chacun de nous devienne l’esclave financier, c’est-à-dire l’esclave tout court, de ceux qui ont eu l’opportunité, la ruse, la fourberie de placer des fonds chez nous avec l’obligation de rembourser. On nous dit de rembourser la dette. Ce n’est pas une question morale. Ce n’est point une question de ce prétendu honneur que de rembourser ou de ne pas rembourser. 

Monsieur le président : Nous avons écouté et applaudi le premier ministre de Norvège lorsqu’elle est intervenue ici même. Elle a dit, elle qui est européenne, que toute la dette ne peut pas être remboursée. Je voudrais simplement la compléter et dire que la dette ne peut pas être remboursée. La dette ne peut pas être remboursée parce que d’abord si nous ne payons pas, nos bailleurs de fonds ne mourront pas. Soyons-en surs. Par contre si nous payons, c’est nous qui allons mourir. Soyons-en surs également. Ceux qui nous ont conduits à l’endettement ont joué comme au casino. Tant qu’ils gagnaient, il n’y avait point de débat. Maintenant qu’ils perdent au jeu, ils nous exigent le remboursement. Et on parle de crise. Non, Monsieur le président, ils ont joué, ils ont perdu, c’est la règle du jeu. Et la vie continue.Nous ne pouvons pas rembourser la dette parce que nous n’avons pas de quoi payer. Nous ne pouvons pas rembourser la dette parce que nous ne sommes pas responsables de la dette. Nous ne pouvons pas payer la dette parce qu’au contraire les autres nous doivent ce que les plus grandes richesses ne pourront jamais payer, c’est-à-dire la dette de sang. C’est notre sang qui a été versé. On parle du Plan Marshall qui a refait l’Europe économique. Mais l’on ne parle pas du Plan africain qui a permis à l’Europe de faire face aux hordes hitlériennes lorsque leurs économies étaient menacés, leurs stabilités étaient menacées. Qui a sauvé l’Europe ? C’est l’Afrique. On en parle très peu. On parle si peu que nous ne pouvons, nous, être complices de ce silence ingrat. Si les autres ne peuvent pas chanter nos louanges, nous en avons au moins le devoir de dire que nos pères furent courageux et que nos anciens combattants ont sauvé l’Europe et finalement ont permis au monde de se débarrasser du nazisme. La dette, c’est aussi la conséquence des affrontements. Lorsqu’on nous parle de crise économique, on oublie de nous dire que la crise n’est pas venue de façon subite. La crise existe de tout temps et elle ira en s’aggravant chaque fois que les masses populaires seront de plus en plus conscientes de leurs droits face aux exploiteurs. Il y a crise aujourd’hui parce que les masses refusent que les richesses soient concentrées entre les mains de quelques individus. Il y a crise parce que quelques individus déposent dans des banques à l’étranger des sommes colossales qui suffiraient à développer l’Afrique. Il y a crise parce que face à ces richesses individuelles que l’on peut nommer, les masses populaires refusent de vivre dans les ghettos et les bas-quartiers. 

Il y a crise parce que les peuples partout refusent d’être dans Soweto face à Johannesburg. Il y a donc lutte et l’exacerbation de cette lutte amène les tenants des pouvoirs financiers à s’inquiéter. On nous demande aujourd’hui d’être complices de la recherche d’un équilibre. Equilibre en faveur des tenants du pouvoir financier. Equilibre au détriment de nos masses populaires. Non ! Nous ne pouvons pas être complices. Non ; nous ne pouvons pas accompagner ceux qui sucent le sang de nos peuples et qui vivent de la sueur de nos peuples. Nous ne pouvons pas les accompagner dans leurs démarches assassines. 

Monsieur le président : Nous entendons parler de clubs – club de Rome, club de Paris, club de Partout. Nous entendons parler du Groupe des Cinq, des Sept, du Groupe des Dix, peut être du Groupe des Cent. Que sais-je encore ? Il est normal que nous ayons aussi notre club et notre groupe. Faisons en sorte que dès aujourd’hui Addis-Abeba devienne également le siège, le centre d’ou partira le souffle nouveau du Club d’ Addis-Abeba contre la dette. Ce n’est que de cette façon que nous pourrons dire aujourd’hui, qu’en refusant de payer, nous ne venons pas dans une démarche belliqueuse mais au contraire dans une démarche fraternelle pour dire ce qui est. Du reste les masses populaires en Europe ne sont pas opposées aux masses populaires en Afrique. Ceux qui veulent exploiter l’Afrique sont les mêmes qui exploitent l’Europe. Nous avons un ennemi commun. Donc notre club parti d’Addis-Abeba devra également dire aux uns et aux autres que la dette ne saura être payée. Quand nous disons que la dette ne saura payée ce n’est point que nous sommes contre la morale, la dignité, le respect de la parole. Nous estimons que nous n’avons pas la même morale que les autres. La Bible, le Coran, ne peuvent pas servir de la même manière celui qui exploite le peuple et celui qui est exploité. Il faudra qu’il y ait deux éditions de la Bible et deux éditions du Coran. Nous ne pouvons pas accepter leur morale. Nous ne pouvons pas accepter que l’on nous parle de dignité. Nous ne pouvons pas accepter que l’on nous parle du mérite de ceux qui paient et de perte de confiance vis-à-vis de ceux qui ne paieraient pas. Nous devons au contraire dire que c’est normal aujourd’hui que l’on préfère reconnaître que les plus grands voleurs sont les plus riches. Un pauvre quand il vole ne commet qu’un larcin, une peccadille tout juste pour survivre et par nécessité. Les riches, ce sont eux qui volent le fisc, les douanes. Ce sont eux qui exploitent le peuple. 

Monsieur le président : Ce n’est donc pas de la provocation. Je voudrais que très sagement vous nous offriez des solutions. Je voudrais que notre conférence adopte la nécessité de dire clairement que nous ne pouvons pas payer la dette. Non pas dans un esprit belliqueux, belliciste. Ceci, pour éviter que nous allions individuellement nous faire assassiner. Si le Burkina Faso tout seul refuse de payer la dette, je ne serai pas là à la prochaine conférence ! Par contre, avec le soutient de tous, donc j’ai grand besoin, avec le soutien de tous, nous pourrons éviter de payer. Et en évitant de payer nous pourrons consacrer nos maigres ressources à notre développement. Et je voudrais terminer en disant que nous pouvons rassurer les pays auxquels nous disons que nous n’allons pas payer la dette, que ce qui sera économisé n’ira pas dans les dépenses de prestige. Nous n’en voulons plus. Ce qui sera économisé ira dans le développement. En particulier nous éviterons d’aller nous endetter pour nous armer car un pays africain qui achète des armes ne peut l’avoir fait que contre un Africain. Ce n’est pas contre un Européen, ce n’est pas contre un pays asiatique. Par conséquent nous devons également dans la lancée de la résolution de la question de la dette trouver une solution au problème de l’armement. Je suis militaire et je porte une arme. Mais Monsieur le président, je voudrais que nous nous désarmions. Parce que moi je porte l’unique arme que je possède. D’autres ont camouflé les armes qu’ils ont. 

Alors, chers frères, avec le soutien de tous, nous pourrons faire la paix chez nous. Nous pourrons également utiliser ses immenses potentialités pour développer l’Afrique parce que notre sol et notre sous-sol sont riches. Nous avons suffisamment de quoi faire et nous avons un marché immense, très vaste du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest. Nous avons suffisamment de capacité intellectuelle pour créer ou tout au moins prendre la technologie et la science partout où nous pouvons les trouver. 

Monsieur le président : Faisons en sorte que nous mettions au point ce Front uni d’Addis-Abeba contre la dette. Faisons en sorte que ce soit à partir d’Addis-Abeba que nous décidions de limiter la course aux armements entre pays faibles et pauvres. Les gourdins et les coutelas que nous achetons sont inutiles. Faisons en sorte également que le marché africain soit le marché des Africains. Produire en Afrique, transformer en Afrique et consommer en Afrique. Produisons ce dont nous avons besoin et consommons ce que nous produisons au lieu de l’importer. Le Burkina Faso est venu vous exposer ici la cotonnade, produite au Burkina Faso, tissée au Burkina Faso, cousue au Burkina Faso pour habiller les Burkinabé. Ma délégation et moi-même, nous sommes habillés par nos tisserands, nos paysans. Il n’y a pas un seul fil qui vienne d’Europe ou d’Amérique. Je ne fais pas un défilé de mode mais je voudrais simplement dire que nous devons accepter de vivre africain. C’est la seule façon de vivre libre et de vivre digne. Je vous remercie, Monsieur le président. 

La patrie ou la mort, nous vaincrons ! 

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